Accès à l’emploi rapide, salaires en hausse, le rapport 2008 de la Conférence des Grandes Ecoles paru en juin 2008 fait l’état des lieux d’un marché de l’emploi plus que favorable à l’insertion des jeunes diplômés dans les entreprises. Pourtant l’enquête note un écart grandissant entre les taux d’emploi des diplômés et diplômées.
Bonne conjoncture pour les jeunes dip’…
Sitôt diplômés, sitôt embauchés ! Avec un taux d’emploi venant flirter avec le record de 2001 où le ratio atteignait près de 92 %, l’emploi des jeunes ingénieurs se porte définitivement bien ! Evoluant au cœur d’une conjoncture favorable notamment du fait de l’internationalisation et du papy boom, les jeunes ingénieurs sont aujourd’hui plus que jamais sollicités par les entreprises. Le rapport 2008 de la Conférence des Grandes Ecoles montre en effet que 83 % des diplômés trouvent un emploi en moins de deux mois à la sortie de leur école !
Conscientes de la valeur de ces jeunes cerveaux, les entreprises, notamment celles des secteurs de l’industrie automobile, de l’aéronautique ou du naval sont particulièrement friandes de ces diplômés aux multiples qualités. « De nombreuses entreprises, comme c’est le cas par exemple d’Arcelor Mittal dans l’industrie, cherchent à attirer les jeunes ingénieurs d’abord pour un stage en vue de les intégrer et de leur proposer un plan carrière sur trente ans. », confirme Nicolas Ollivier, responsable de la division industrie et ingénieurs chez Hays. « Ces jeunes ingénieurs sont certes très prisés pour leur diplôme, mais partant du principe que ces diplômés de grandes écoles sont tous compétents, c’est surtout le savoir-être et la faculté d’adaptation du jeune ingénieur qui vont faire la différence auprès des recruteurs », continue Nicolas Ollivier.
A première vue, l’avenir semble donc assuré pour les jeunes ingénieurs. Mais la situation des femmes ingénieurs, qui sont moins bien servies par la conjoncture, vient nuancer les résultats positifs de la Conférence des Grandes Ecoles.
…mais des jeunes femmes ingénieurs moins bien loties
Entre une orientation des femmes vers les filières scientifiques et techniques encore trop timorée, des idées reçues sur les métiers et le secteur, les jeunes femmes ingénieurs ont encore du mal à trouver leur place sur des postes techniques.
En 2007, alors que 13 % des jeunes diplômées étaient en recherche d’emploi, seuls 7 % de leurs homologues masculins n’avaient pas encore trouvé leur première entreprise. Même tendance du côté des salaires, avec 6 à 7 % de plus à la fin du mois pour les messieurs. Mais pourquoi de tels écarts à diplômes et compétences équivalents ? Pour Marianne Rodot, membre de l’Association Française des Femmes Ingénieurs, « ces différences sont sans doute la cause du conditionnement culturel et éducatif qui font préférer certaines orientations et comportements. Il est très inquiétant de voir qu’encore en 2007, les écarts de salaires existent en défaveur des femmes ingénieurs. »
Les recruteurs du monde de l’ingénierie auraient-ils en tête le stéréotype de l’ingénieur au masculin ? C’est en tout cas la théorie qu’avance Nicolas Ollivier du groupe Hays : « La France n’a jamais réellement fait montre d’une volonté de promouvoir les métiers techniques de l’ingénieur auprès des femmes. Il y a de plus une sorte de légende urbaine qui catalogue malheureusement et irrémédiablement ces postes comme étant réservés aux hommes. »De fait, les femmes ingénieurs se reportent principalement sur les fonctions d’encadrement, de communication ou de management au détriment de la technique.
Une situation inacceptable pour Bernard Ramanantsoa, président de la commission « Aval* », qui souligne en préambule du rapport : « Il n’est pas digne de nos sociétés actuelles de tolérer qu’un écart se creuse à cet égard entre les diplômés et les diplômées. Face à ce constat, il nous paraît vital que l’ensemble des acteurs prenne conscience que ces différences ne peuvent perdurer ». L’appel est lancé.
* Commission composée des directeurs d'Ecoles ou représentants des relations entreprises dont une des missions est de suivre l’insertion professionnelle des jeunes diplômés.